Saturday, January 14, 2006

Un Destin Nucléaire

Pour mes lecteurs francophones (le français n'est pas ma langue maternelle, alors je te prie de pardonner les fautes grammatiques ou orthographiques):


Tant que je maintiens cette image devant les yeux, je pourrai me souvenir de ce beau paysage expansif sur lequel donne ma fenêtre. Je suis chez moi. Je viens d’entendre dire que la Corée du Nord va nous attaquer. Il est certain qu’elle a lancé au moins soixante engins balistiques nucléaires, chacun à une grande-ville différente. J’habite à Séattle— il est sûr que nous serons annihilés. Bien que les bombes soient déjà lancées, la Corée est loin d’ici, alors elles n’arriveront pas avant quelques minutes. J’ai encore du temps.

Quand il ne restera plus de temps, je m’imagine qu’il y aura un calme sur la ville. Nous deviendrons solennels devant notre destin, comme les dinosaures avant que le météore les ait frappé indifféremment. Ou peut-être sera-ce l’inverse. Il est possible que mes voisins veuillent m’accueillir chez eux pour faire la fête une dernière fois. En retour, il serait étrange qu’ils le fassent parce que, franchement, ces quinze minutes ne suffisent pas pour faire la fête.

Je réfléchis à ce que je ne ferai plus dans ma vie. Il est naturel que je sente ainsi, quoiqu’il vaille mieux ne pas sentir ainsi. Cependant, pour que notre esprit humain ne se taise pas, il faut que nous nous souvenions de tout ce qui nous rendait heureux. Il est probable que je ne jouerai plus du piano ; les ouvrages de Chopin, Beethoven, et Debussy se tairont devant la fission nucléaire. Heureusement, je suis capable d'entendre encore ces maîtres dans le monde tranquille qui est ma tête.

Il est probable que je ne verrai plus ma famille. Elle n’est pas là. La semaine dernière, ma femme et nos enfants sont allés chez leurs grands-parents. Ils habitent en Floride, alors il est impossible que ma famille revienne avant les bombes. Il vaut mieux quand même qu’ils restent là-bas. Je doute que la Floride soit bombardée.

Oui, je suis triste. Mais il faut comprendre que devant une certitude de mort, on ne considère pas la tristesse. En fait, il est intéressant qu’on ne pense qu’à la certitude curieuse qu’on ne pensera plus dans quelques minutes. Ayant cette pensée tranquille, je regarde encore le beau paysage en attendant les petits atomes d’uranium qui arriveront avec une légèreté meurtrière.



La scène du dôme de La Basilique du Sacré-Coeur à Paris

1 Comments:

Blogger monkeylogique said...

Apparemment il semble qu'on déprime un peu, même en Floride... hehe

1/15/2006 6:10 PM  

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